ItsMyLife

[Mood] Bref, j’ai repris des points

Je ne suis pas un fou du volant mais comme je ne suis pas un conducteur modèle non plus, mon permis à points a eu tendance à s’alléger de certains de ces précieux points récemment. Et comme pouvoir conduire une voiture c’est quand même bien utile quand tu n’habites pas dans le centre de la ville où tu résides (surtout à Marseille où le réseau de bus est assez léger dans mon quartier en terme d’horaires), il a fallu que je me décide à effectuer un stage de récupération de points !

Le permis à points français lancé en 1992 est composé de 12 points pour tout détenteur de permis B depuis plus de 3 ans (et de 6 seulement pour les permis “probatoires”, dont la délivrance date de moins de 3 ans). De nombreux autres pays ont adopté ce système de permis mais avec des barèmes et nombre de points différents (20 en Italie par exemple). Les pertes de points dépendent des infractions constatées par radars ou agents sanctionnées par des amendes forfaitaires : celles relevant du délit passent forcément par la case “tribunal” et peuvent, sans aucun rapport avec le nombre de points, causer une suspension de permis.

Une fois perdus, et tant qu’on est au-dessus de 0 point, on peut récupérer ses points soit, le cas le plus courant et le moins coûteux, en ne faisant aucune infraction pendant 3 ans (enfin, constatée…), soit aucune infraction pendant 6 mois pour seulement le dernier point perdu unitairement (dépassement de vitesse inférieur strictement à 20 km/h – entre 1 et 19 km/h – ou chevauchement de ligne blanche), soit en faisant un stage de récupération de points. Il y a aussi un cas de figure pour les “petits” récidivistes qui ne reviennent jamais aux 12 points de départ, la règle des 10 ans : la perte de points pour une infraction de moins de 3 points datant de plus de 10 ans s’annule et on regagne les points perdus 10 ans plus tôt. A noter qu’il y a bien une règle médiatisée récemment où certaines infractions précises permettent la récupération de points en 2 ans au lieu de 3, mais les infractions visées restent limitées : téléphone (à l’époque où c’était 2 pts – c’est passé à 3 depuis), l’absence de clignotant et le dépassement de vitesse inférieur à 20 km/h hors agglomération.

Mais bon, parlons de ce stage de récupération de points plus précisément vu que c’est celui-ci qui m’amène à causer de permis de conduire dans ce billet. Il ne permet pas de remplir son capital de point d’un coup mais de récupérer 4 points (1 tiers donc) et on ne peut le faire qu’une fois par an. Il coûte quand même 235 Euros à l’heure actuelle (contre 1500 FF en 2000, soit 2,7% de hausse en 12 ans). Ma remarque sur l’évolution des prix n’est pas innocente : j’ai déjà effectué un stage de ce type 12 ans auparavant dans l’un des 2 autres cas que le volontariat. En effet, lorsque l’on est en permis probatoire, il peut être proposé au contrevenant d’effectuer ce stage à la place de la perte de points. Par ailleurs, cela peut aussi être imposé par un tribunal en sanction complémentaire lors d’un jugement, comme lors d’un accident.

Pour l’anecdote, j’ai retrouvé lors de ce stage les mêmes formateurs (un formateur de moniteurs d’auto-école et une psy) que la première fois et je dois avouer que si cela reste une contrainte (d’autant plus qu’aucun des stagiaires n’a “vraiment” envie d’être là) et pas forcément le sujet le plus passionnant au monde, le contenu et l’animation  de ce stage est assez intéressant sur le savoir-être au volant et la sensibilisation aux responsabilités et aux dangers. Attention, ici aucune image “choc” ou culture de la peur n’est montrée ou inculquée : on tente “juste” de nous prouver par A+B la faiblesse de certains de nos raisonnements par des chiffres, des exemples, des explications, etc. La leçon de morale n’est évidemment pas loin mais reste modérée et humanisée.

Le groupe de 18 stagiaires que nous étions (pourtant peu représentatif sur le papier) illustrait assez bien les statistiques présentées de la population visée par ce stage : 10% de femmes, 10 % de jeunes conducteurs là à la place de la perte de points et surtout 55 % de “doublants”, de gens ayant déjà effectué au moins 1 stage de ce type auparavant. En effet sur 42 millions d’automobilistes en France, 33 millions ont encore l’intégralité de leurs 12 points et les 2 millions étant en “zone de danger” pour leur permis sont souvent les mêmes. Ce ne sont pas forcément des “gros” rouleurs car en général les professionnels de la route (au-dessus de 80000 km / an) gèrent leur capital de points avec prudence. Par contre, les professions libérales, les coursiers et les artisans sont plus exposés.

Le déroulement du stage est assez simple. Le premier jour consiste en une présentation de chacun, parfois commentée mais rarement par les formateurs. Cette “table ronde” est un peu longuette mais parfois amusante et surtout avec un bon effet miroir sur le comportement de chacun au volant. Chacun se caractérise par son boulot, son type de véhicule, son kilométrage annuel, la gestion des produits alcoolisés ou stupéfiants vis-à-vis du volant et la définition d’une qualité et d’un défaut principal en tant qu’automobiliste. Paradoxalement, beaucoup de stagiaires (ayant donc tous commis des infractions) se trouvent “prudents” au volant : c’est sur ce point d’humilité que le stage viendra notamment agir.

Le deuxième jour, les formateurs reprennent la main et rebondissent sur les problèmatiques des stagiaires. L’échantillon que représente le groupe permet de parler des différents types de véhicules (auto/moto/scooter), des différents types d’infractions (alcool, ceinture, téléphone, vitesse) et la “table ronde” de la veille donne aux formateurs des exemples et des mises en perspective assez pertinentes. Ajoutez à cela quelques rappels sur le fonctionnement du permis et les conditions nécessaires en cas de retrait, quelques chiffres ayant mené à certains choix de la part du législateur en matière de Sécurité Routière, ainsi que quelques tests psychotechniques pour mettre en évidence les limites et les différences de perceptions de chacun et vous aurez globalement le fonctionnement de ce stage de 2 jours (16h).

Si je ne peux pas trop juger de l’efficacité sur ma propre conduite ou sur la probabilité de retrouver mes 12 points à long terme, je peux partager quelques informations retenues au gré de ces 2 jours :

– Le débit des points intervient au règlement de l’amende mais attention, ne pas payer ne ralentit rien car au bout de 45 jours (émission de l’amende majorée), la perte des points intervient automatiquement ;

– Commettre une infraction à l’étranger ne dispense pas du retrait de points partout : des accords ont été d’ores-et-déjà été trouvés avec l’Allemagne, l’Espagne et le Luxembourg (même si la situation économique actuelle de l’Espagne ne lui permet pas forcément de mettre en vigueur ces émissions de PV supplémentaires) ;

– Les gens sont globalement prudents dans les situations à risque (brouillard, pluie, mauvaise visibilité, qualité de la route, etc…) : l’aménagement des limitations et surveillances tend à freiner l’automobiliste trop en confiance (vue dégagée, ligne droite… ou alcool, étant donné qu’il a un effet désinhibant) car le nombre d’accidents est plus élevé dans ces cas là. La sécurité perçue grandissante des nouveaux véhicules plus perfectionnés et assistés va paradoxalement à l’encontre de la sécurité réelle ;

– Le contrôle technique a eu un effet bénéfique sur l’écologie et l’accélération du renouvellement du parc automobile français mais a eu un effet néfaste sur le nombre d’accident (cf. la confiance supplémentaire en son véhicule) ;

– Les feux de signalisation ont certes des durées différentes suivant les intersections mais aussi suivant les heures pour permettre la fluidification du trafic ;

– Les radars de feux rouges nécessitent 2 photos pour déclencher la contravention : la première quand les roues avant du véhicule passent la ligne d’effet des feux et la seconde quand ces mêmes roues passent le début de l’intersection des deux routes. En résumé : piler avant le début de l’intersection le feu passé évite l’amende (même s’il faut ralentir avant pour éviter d’être soumis au problème) ;

– Manger en buvant baisse le taux d’alcool maximal dans le sang mais ralentit l’élimination de celui-ci ;

– Le taux d’alcoolémie record constaté en France au volant est de… 9,76 g !

Pour terminer ce billet “it’s my life”, et si je ne vous souhaite pas d’avoir recours à ce genre de stage, j’avoue que le contenu un peu moraliste est distillé de manière pédagogique mais aussi sincère (“La voiture tue moins que la grippe mais ses 4000 morts touchent la population active : celle qui rapporte à l’Etat”) et humoristique (“La Bretagne a un climat très propice à la Sécurité Routière. Son taux d’alcoolémie un peu moins”) : il n’est pas forcément désagréable, ni inutile. En revanche, savoir si c’est ce stage ou la peur du gendarme qui incite au changement d’attitude au volant (je fais plus attention, j’avoue), c’est déjà compliqué alors savoir si celui-ci sera durable, c’est une autre histoire…

Laisser un commentaire