Archives pour la catégorie Lecture

Cover

[Lecture] Big Bang Anim

Cover

Sorti chez Omake Books début novembre 2013, j’ai appris l’existence de Big Bang Anim grâce au très intéressant podcast L’Agence Tous Geeks (épisode 41 paru début décembre pour être exact) présenté par David Oghia que je ne saurai que trop conseiller aux aficionados de pop-culture et de geek-ismes en tous genres. Ce bouquin nous plonge dans l’histoire de l’animation, japonaise en grande partie, en France par le prisme de l’historique du magazine AnimeLand et de son créateur Yvan West Laurence. D’abord fanzine créé en 1991, puis magazine distribué en kiosque à partir de 1996 et toujours en cours de parution (il devrait si tout va bien atteindre son 200ème numéro en 2014), AnimeLand accompagne une grosse vingtaine d’années d’essor de l’animation et du manga en France, avec l’évolution du regard grand public sur le médium ainsi que l’adaptation des différents acteurs à l’histoire de celui-ci. Pour avoir suivi le magazine depuis le n°17 jusqu’à il y a 4/5 ans (et encore je me paye encore un numéro de temps à autre), on peut dire que la revue fait largement le taff.

Continuer la lecture

[Lecture] Petit Eloge des Séries Télé

Martin Winckler s’y connait en séries télé, c’est certain. Oeuvrant, en plus de ses activités de médecin, sous diverses formes pour la promotion ou la critique de celles-ci depuis des années, notamment à travers des participations à certaines revues comme Génération Séries ou Télé Cable Satellite Hebdo par exemple ou à des ouvrages comme Les Miroirs de la Vie ou Les Miroirs Obscurs (dont je vous causerai peut-être un jour), il revient avec un court essai d’une centaine de pages intitulé, à juste titre, Petit Eloge des Séries Télé chez Folio. De manière surprenante, celui-ci est paru dans la collection à 2 € de l’éditeur : aucune excuse pour passer à côté de ce bouquin donc !

Dans la première moitié de cet Eloge, même si l’auteur se présente lui-même comme sériephile et décrit en complicité avec le lecteur les droits de l’aficionado de séries en paraphrasant Daniel Pennac, Martin Winckler retrace à la fois l’historique et le fonctionnement du monde des séries d’Outre-Atlantique en citant des exemples connus, même s’ils ne le sont pas toujours du grand public (on parle autant d’Urgences et de Star Trek que de Justified ou Dream On). Par exemple, on appréhende mieux l’importance de certaines séries comme Dallas par exemple dans l’évolution des séries de la simple “anthologie” au système feuilletonnant ou encore on perçoit après lecture le découpage classique en “actes” de chaque épisode sur les chaînes nationales pour respecter les coupures publicitaires, etc… On retrouve également des exemples de spin-off, de références, d’épisodes musicaux, de guest-stars, etc : si vous ne voyez pas de quoi je parle, sortez une pièce de 2 Euros et filez chez votre libraire.

La deuxième partie se révèle être une vindicte assez sévère envers de nombreuses diffusions françaises. Que ce soit la qualité des productions locales (liée à l’investissement et la liberté donnés par le diffuseur), les doublages par rapport au sous-titrage, ou encore les adaptations et coupes liée à une censure encore bien présente de nos jours (cf. l’exemple d’un épisode de Dr House dans le bouquin). L’attaque est en mon sens méritée et étayée de manière assez intelligente : Martin Winckler en profite même pour en mettre une couche sur le peer-to-peer.

Enfin, la dernière partie consiste à un échantillonnage de séries recommandées par l’auteur que ce soit en sitcoms ou en dramas (notions expliquées à ce moment là dans le bouquin d’ailleurs). Ici peu de surprises : de nombreux classiques sont de la partie, qu’ils soient récents ou historiques, connus du grand public ou plus confidentiels. Il y a même sans aucun doute des guilty pleasures légèrement plus douteux dans la liste mais comme l’auteur nous octroie à nous sériephiles “le droit d’aimer (ou de détester) sans devoir se justifier”, on ne lui en tiendra pas rigueur, surtout que ce Petit Eloge des Séries Télé vaut bien plus que son faible coût : lecture recommandée pour les amoureux de séries sans aucun doute.

2012-09-21 08.21.39

[BD] Bravo Les Brothers

J’étais passé à côté de Bravo les Brothers ce printemps : en effet, cet album est sorti en avril 2012 aux Editions Dupuis. Je me suis rattrapé en me faisant un cadeau d’anniversaire de moi à moi-même il y a quelques jours. Mais kesako Bravo les Brothers ?

Il s’agit en fait de l’avant-dernière bande dessinée d’André Franquin où figurent Spirou et Fantasio, publiée en le 14 octobre 1965 et le 3 mars 1966 dans le Journal de Spirou (dont je vous ai fait un petit récap dans un récent billet) et parue pour la première fois en album en accompagnement de la dernière histoire de Spirou réalisée par Franquin, Panade à Champignac, avant son passage de relais définitif à Fournier sur la série étendard de Dupuis. Cette édition un peu “luxe” (24 Euros) propose l’histoire complète d’une vingtaine de pages recolorisé pour l’occasion par Frédéric Jannin (Germain et Nous, Arnest Ringard…) ainsi que la reproduction complète des 22 planches de cette histoire commentées page par page avec un rédactionnel signé José-Louis Bocquet et Serge Honorez, aidés de la fille de l’auteur Isabelle Franquin.

Outre un commentaire fort intéressant et riche en anecdotes, notamment sur le rapport de Franquin à l’animation de personnages animaliers (qui a dit Marsupilami ?) et sur la vie de la rédaction du Journal, l’histoire en elle-même est artistiquement pertinente sur le parcours de Franquin et de son détachement des aventuriers Spirou et Fantasio pour se tourner vers un Gaston plus lunaire et surtout plus drôle. D’ailleurs Gaston Lagaffe et tout son écosystème (M. DeMesmaeker, Prunelle, Lebrac, etc) sont là et c’est le personnage mou et débraillé qui va voler la vedette à ce qui est pourtant sur le papier une “Aventure de Spirou et Fantasio” dans cette BD. Bravo les Brothers arrive près de 2 ans après la dépression de l’auteur pour l’album précédent, QRN sur Bretzelburg, qui a déclenché sa remise en question professionnelle malgré le succès certain d’un univers auquel il a beaucoup apporté (Zorglub, etc) et on comprend la transition nécessaire par amitié pour Charles Dupuis, son éditeur.

L’analogie pour Spirou avec l’album de TintinLes Bijoux de la Castafiore” est cité dans cet ouvrage et me semble très bien vue : ici, Spirou et surtout Fantasio, initialement responsable de Gaston à ses débuts, vivent une aventure “à domicile”. Non pas dans le village haut en couleurs et champêtre de Champignac, mais à la Rédaction : ce qui, pour des journalistes, semble assez logique. Cette aventure est véritablement une évolution logique et douce vers l’univers plus “intimiste” de la Rédaction où officie Gaston plus qu’une réelle aventure des héros présumés de l’histoire. On peut comprendre ainsi que cette courte histoire (la moitié d’un album classique) soit l’une des histoires préférées de son auteur où tous les éléments de son art (humour, personnages clés, etc) sont présents.

Une bon moment de BD et une belle édition que ce Bravo les Brothers mais surtout un excellent Franquin qui ravira les aficionados du “Maître”.

(Presque) 75 ans de Journal de Spirou

Je l’ai évoqué brièvement dans un précédent billet (celui où je me rendais compte que cela faisait 25 ans que je lisais de la bande dessinée assidûment) mais mon addiction à la BD est passée autant par les comics type Strange, Nova and co, que par le Journal de Spirou. Ce journal imaginé par Jean Dupuis (des éditions belges du même nom), à l’époque encore simple imprimeur de Marcinelle, a vu le jour le 21 avril 1938, soit il y a bientôt 75 ans. A l’époque conçu pour diversifier son portefeuille de publication kiosque de M. Dupuis et pour lutter contre l’invasion des publication américaines “contraire à la bonne éducation de la jeunesse” (en bon chrétien qu’il était), le Journal naît en même temps que son héros éponyme dessiné par une connaissance de son fils Paul : Robert Velter, alias Rob-Vel. Le bébé fait 16 pages type journal et mêle pages couleur et pages noir et blanc. L’auteur de la plupart des rédactionnels, Jean Doisy, va se détacher de l’équipe d’origine pour devenir très vite le 1er rédacteur-en-chef du journal et ainsi imprimer sa patte (courrier des lecteurs, la rubrique explicative du Fureteur, les articles de Fantasio – qu’il crée ainsi)… A noter que dans ses premières années, en plus des pionniers Rob-Vel et Jijé (dessinateur touche-à-tout et bouche-trou à qui l’on devra plus tard Jean Valhardi, Tanguy et Laverdure ou encore Jerry Spring), le journal publiera aussi quelques bandes américaines dont… Superman et Tarzan !

Le Journal de Spirou continuera de paraître pendant la Seconde Guerre Mondiale de manière chaotique parfois (des épisodes dessinés par Jijé face au manque de matériel à publier… y compris Superman par exemple) mais tiendra le coup jusqu’à ce que beaucoup s’accordent à considérer comme l’Age d’Or du Journal à compter de 1946. Spirou, Tif et Tondu, Jean Valhardi ou encore l’Epervier Bleu sont les séries phares dans cet Après-Guerre mais le départ du pilier Jijé va un peu chambouler tout ça et introduire en remplacement un futur maître aux dessins de Spirou : André Franquin (tandis qu’Eddy Paape reprendra Jean Valhardi). Très vite, d’année en année, s’enchaînent les créations de séries qui sont désormais connues comme des classiques (Buck Danny, Lucky Luke, etc) remplaçant les comics progressivement (Superman disparaîtra de Spirou en 1948, Tarzan en 1949) mais également à cause de la mise en place en France de la loi surveillant les publications destinées à la jeunesse (qui a aussi causé du tort aux publications purement comics).

A partir de 1951 apparaîtra une bande dessinée éducative au sein du Journal permettant à de jeunes auteurs de faire leurs premiers essais comme par exemple Mitacq (La Patrouille des Castors) ou encore Jean Graton (Michel Vaillant). Intitulée Les Belles Histoires de l’Oncle Paul, elle restera emblématique de la préoccupation de Dupuis pour l’éducation de ces chères têtes blondes. Jusqu’au départ de Jean Doisy en 1955 apparaîtront également dans le Journal de Spirou d’autres classiques comme Johan et Pirlouit de Peyo, Les Timour de Sirius, Jerry Spring de Jijé ou encore La Patrouille des Castors de Mitacq et Charlier. En 1956 arrive Yvan Delporte à la rédaction en chef du Journal avec des initiatives et des idées éditoriales : meilleur papier, 24 pages à 28 pages, le référendum annuel pour voter pour ses séries favorites, les numéros spéciaux (Paques, Noel, Vacances…), les mini-récits (à découper et plier soi-même, rajoutant des pages de BD au Journal sans changer sa pagination), etc. De même, il attirera ou ré-attirera de nouveaux talents comme Maurice Tillieux avec Gil Jourdan par exemple ou encore Raymond Macherot, échappé de la revue concurrente Tintin, avec Sibylline. Il verra sous sa houlette la création de Gaston Lagaffe, des Schtroumpfs, de Boule et Bill, de Benoît Brisefer, de Bobo, de Génial Olivier, du Flagada, etc. Il consacrera l’humour comme le fer de lance du Journal en lui consacrant de plus en plus de place en regard des séries d’aventures ou éducatives qui étaient la patte de la revue précédemment.

En 1968, à l’heure où Cauvin débute ses travaux pour Dupuis et crée avec Salvérius les Tuniques Bleues dans le Journal de Spirou, Yvan Delporte cède sa place à Thierry Martens, le fameux M. Archive du Journal. Son “règne” sera moins prestigieux en terme de séries à succès à l’exception de la création de Yoko Tsuno par Roger Leloup, celle de Papyrus et celle de Natacha par Walthéry, soufflé par Yvan Delporte himself. En effet, l’ancien rédacteur en chef reste bien présent à la rédaction et proposera en 1977 avec André Franquin (qui a entre-temps cessé de travailler sur la série Spirou et Fantasio pour raisons de santé) un supplément qui durera 30 numéros et qui servira de véritable laboratoire, relativement corrosif pour une parution jeunesse : Le Trombone Illustré. Un peu en réponse à la presse BD “adulte” qui se développe (Métal Hurlant, Fluide Glacial, etc), on y retrouvera sous le pretexte éditorial d’une “rédaction pirate” un journal de BD qui fera tâche et dont la rareté, faute de rééditions, le rendra culte. On y croisera des productions de Rosinski, Tardi, Claire Brétécher, Gotlib, Hausman, Moebius, Mézières, Dany, Will, etc. A noter que ces 30 numéros ont été enfin récemment (en 2009) réédités dans un recueil chez Dupuis : pour l’avoir à la maison, c’est certes désormais un peu daté mais clairement décalé avec le contenu habituel du Journal de Spirou. Pour l’anecdote, Dupuis publiera en 2009 également une biographie d’Yvan Delporte, décédé 2 ans auparavant (très bon bouquin également d’ailleurs).

De 1978 à 1982, le court passage à la tête de la rédaction d’Alain De Kuyssche ne verra pas de grands chamboulements avec néanmoins deux créations notables en terme de séries : Les Femmes en Blanc de Cauvin et Bercovici et Les Démêlés d’Arnest Ringard et de la Taupe Augraphie de Frédéric Jannin. Ce sont surtout les apparitions des “hauts-de-pages”, petits commentaires dessinés ou gags placés en hauts des pages du Journal, qui seront marquantes à cette époque. En effet, l’irrévérence des marseillais Yann et Conrad dans ceux-ci, comme dans la série Les Innommables qui débute à cette époque dans Spirou, leur vaudra une éviction pure et simple du Journal. En même temps causer d’homosexualité refoulée dans leur série et se moquer des séries des confrères du magazine dans une publication jeunesse au début des années 80, ça peut se comprendre. D’ailleurs, cela a été très mal pris par l’auteur de Yoko Tsuno, Roger Leloup, qui obtiendra la disparition des hauts-de-pages sur ses planches… mais qui ne sera pas épargné par les facétieux marseillais par ailleurs dans la revue.

De 1982 à 1987, Thierry Vandooren prend la tête du journal et publie entre autres nouveautés : Pierre Tombal de Hardy et Cauvin, Cédric de Laudec et Cauvin, Jojo d’André Geerts. A compter de 1988, c’est le futur créateur du site web ActuaBD, Patrick Pinchart (Aubray), qui prend la tête de Spirou et en profite pour le renommer Spirou Magaziiiine (avec 4 i). Même si l’âge d’or est terminé depuis longtemps, j’ai une affection particulière pour cette formule étant donné que c’est avec celle-là que j’ai connu la revue. Tant par les BD comme Louison Cresson, Les Motards (préfigurant le Joe Bar Team en quelque sorte), Jimmy Boy, Sammy, le Gang Mazda ou encore l’excellent Charly que par le rédactionnel ou les petits “strips” comme Le Bloc Notes à Duhon, Le Trou du Souffleur, etc, je garde un excellent souvenir de cette époque qui verra également la création de Soda, Mélusine, Le Petit Spirou ou encore Kid Paddle (simple illustration d’une rubrique Jeu Vidéo au départ).

La période Thierry Tinlot (1993-2004) m’a un peu laissé de marbre en évacuant une très grosse partie du rédactionnel et en faisant du magazine (redevenu simplement Spirou pour l’occasion) un catalogue BD des éditions Dupuis et des scénarios de Raoul Cauvin, omniprésent. Quelques idées éditoriales amusantes parsèmeront néanmoins la vie de la revue avec un CD bande-son du journal pour le n°3000 en 1995 et des numéros où l’ensemble des BD seront impactés comme celui du “bug de l’an 2000” où toutes les séries sont renommées façon 1900 ou celui où sous prétexte que le reste des dessinateurs était malade, Philippe Bercovici, dessinateur des Femmes en Blanc, dessina TOUTES les BD du journal le temps du numéro en respectant les vrais scénarios. Amusante aussi, la série Le Boss par Bercovici et Zidrou qui rappelleront néanmoins en parodiant la vie du Journal que raconter les aventures de M. Tinlot n’est pas aussi drôle que d’animer un personnage comme Gaston Lagaffe. On reconnaîtra néanmoins à cette période une certaine modernisation de part les quelques suppléments proposés (CD, Lunettes, etc) et le lancement de Spirou.com.

Parti succéder à Albert Algoud à la tête de Fluide Glacial, Thierry Tinlot cède sa place à Olivier Van Vaerenbergh en 2005 qui pendant 2 ans va remettre un peu d’esprit Spirou dans le Journal et profiter du retour de la série historique Spirou et Fantasio après 6 ans d’absence (le comble quand on donne son nom à un magazine) et la modernisation de la licence par des one-shots comme celui fameux pondu par Emile Bravo. Beaucoup d’idées (des numéros spéciaux écologie, un Spirou Manga, des rééditions de BD cultes, etc), de rédactionnel sympathique, etc mais les ventes ne suivent pas et il est très vite remercié par les nouveaux propriétaires du Journal : Média-Participations.

En 2008 arrive après un court intérim de Serge Honorez, Frédéric Niffle, au n°3653, qui était à l’origine des Editions du même nom qui rééditait jusqu’en 2006 en intégrales noir et blanc petit format des classiques comme Jeremiah, Thorgal, XIII, Clifton, etc, prend la tête du Journal et en est encore le rédacteur-en-chef à ce jour. En mêlant un peu les bonnes idées de toutes les époques et en surfant sur le travail entrepris par son prédécesseur direct, le journal qui tourne encore chaque semaine à 100 000 exemplaires publiés, s’offre un mélange de rajeunissement et de respect de son historique dans son rédactionnel. En effet, on retrouve désormais deux rubriques empreintes de respect du passé : les Aventures d’Un Journal retraçant des épisodes marquants de la vie du magazine, rubrique écrite par Hugues Dayez, critique ciné et également grand connaisseur de BD (il a par exemple écrit l’ouvrage sur Peyo aux éditions… Niffle), illustrée par un… haut-de-page, et 2 pages interview/hommage d’auteurs de BD actuels (et pas forcément de chez Dupuis) qui racontent leur histoire avec Spirou, que ce soit le journal ou le personnage.

On remarquera que les fameux suppléments du Journal de Spirou sont désormais réservés aux abonnés (je dis “fameux” car ils ont même eu droit à un ouvrage les recensant et les racontant à la fin de l’ère Tinlot, c’est dire qu’ils sont emblématiques). La publication s’est enrichie de BD comme Lady S, Les Nombrils, Tamara, Katz, Nelson ou encore Animal Lecteur, et continue son chemin à un rythme hebdomadaire tandis que la plupart de ses concurrents ont disparu (Pilote, Tintin) ou ne résistent que grâce à leur spécialisation et leur rythme mensuel (Lanfeust Mag, Fluide Glacial). Autre amusant apport de cette mouture du Journal de Spirou, une nouvelle bande dessinée sur le thème de la rédaction est née de la plume toujours acérée du marseillais Yann et avec Simon Léturgie aux dessins : la Spirou Dream Team. Ces deux auteurs décrivent de manière satirique la vie des éditions Darpuis-Longcanard (bref, Média-Participations qui regroupe Dargaud, Dupuis et le Lombard) où les actionnaires habillés façon Ku-Klux-Klan se baignent dans des billets et où le paon Frédéric (Niffle) cherche toujours des nouvelles idées farfelues pour épater les lecteurs et les expose à son équipe de rédaction composée du corbeau Yann, du cochon Alain De Kuyssche, du coq Hugues Dayez et du rat Simon Léturgie, tous récupérés à l’hospice pour refaire le Journal d’antan !

On ne sait évidemment pas ce que l’avenir réserve à ce journal mais à l’aube de ses 75 ans, l’hebdomadaire BD est encore fringuant et si je n’y suis plus spécialement abonné et n’en achète pas forcément les numéros chaque semaine, je craque parfois pour les albums recueillant les invendus en reliés (comme les Strange à leur époque par exemple – ici 13 Euros les 9 numéros) et lit avec plaisir ces BD classiques et amusantes. Le magazine Spirou paraît encore en kiosque chaque semaine pour 2,30 € et si vous êtes amateur de BD, y jeter un oeil ne vous fera pas de mal. A noter qu’une série d’ouvrages La Véritable Histoire de Spirou serait prévue avec un premier tome pour avril 2013 pour fêter les 75 ans du journal.

 

Bibliographie pour ce billet :
– Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault, Yvan Delporte Réacteur en chef, Dupuis, 2009
– Collectif, Le Trombone Illustré, Dupuis, 2009
– Philippe Mouvet, Spirou 70 ans de suppléments, L’Age d’Or, 2008
– Philippe Vandooren, Franquin / Jijé, Éditions Niffle, 2001
– José-Louis Boquet et Eric Verhoest, Franquin, chronologie d’une œuvre, Marsu Productions, 2007
– Philippe Cauvin, Monographie de Roba, Éditions Toth, 2005
– Vivian Lecuivre, J.F. Douvry, Serge Buch, Yann & Conrad, Une Monographie, Mosquito, 2007
– De nombreux numéros du Journal de Spirou entre 1980 et 2012.

 

Claude Serre : les Intégrales

Je ferai assez court aujourd’hui (enfin… en théorie) pour signaler que Glénat s’est lancé dans une réédition des dessins humoristiques de Claude Serre fin 2011. Après avoir un peu bossé pour Hara Kiri, Charlie Hebdo et Pilote au début des années 1970, Serre créera son premier recueil d’illustrations Humour Noir et Hommes en Blanc pour un petit éditeur en 1972 qui sera rapidement repris par Jacques Glénat à ses débuts d’éditeur. Habitué à jouer de l’humour noir comme personne, il produira de très nombreuses illustrations pour la plupart sans paroles sur différentes thématiques. Il oeuvrera sinon dans de multiples activités comme la sérigraphie, le vitrail, etc et illustrera par ailleurs des romans, comme certains de Frédéric Dard par exemple.

Les deux premières utilisées pour les intégrales récemment sorties sont La Médecine et Le Sport. Niveau look, ces ouvrages ressemblent à la récente réédition des Clés de la Bande Dessinée de Will Eisner chez Delcourt : couverture souple blanc mat et format proche de celui des comic-books. On regrettera un peu l’absence de vrai contenu éditorial dans ces premiers volumes à part une préface mais le contenu cynique et élégant produit par Serre reste drôle et diablement d’actualité.

Personnellement, j’ai découvert ces oeuvres en traînant mes guêtres gamin, d’une dizaine d’années, en supermarché au rayon BD pendant que mes grand-parents remplissaient leur caddie. Je n’en avais jamais acheté aucune, lui préférant mes premiers Gotlib et les Idées Noires de Franquin : de “vraies” BD quoi. Aujourd’hui en revanche, les illustrations de Claude Serre révèlent un second degré que je ne devais sans doute pas toujours saisir à l’époque et j’apprécie d’autant plus le trait très précis du dessinateur. Une réédition qui fait plaisir donc…