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New 52 – Aquaman #1-2

Il y a parfois des personnages qui laissent de marbre. Aquaman est l’un de ceux-là : son costume orange, son trident, son rôle de roi d’Atlantis, son pouvoir de communiquer avec les animaux marins… ne passionnent guère en général et personnellement, je doutais fortement que l’on puisse me convaincre de la pertinence d’une série régulière sur un tel personnage. Bien sûr, chez Marvel, John Byrne m’avait déjà fait mentir en renouvelant un peu le personnage de Namor, prince des mers équivalent d’Aquaman chez le concurrent et en lui donnant une profondeur certaine. Aquaman n’a à mon goût jamais eu de période équivalente, où mon intérêt aurait pu être attisé… Et pourtant le personnage est déjà mort, a déjà perdu un membre (que ce soit sa main ou quelqu’un de sa famille ^__^), a été concerné par Blackest Night / Brightest Day, a grosso modo les mêmes caractéristiques que son équivalent Marvélien, etc…

 

Pour le reboot, DC a quand même fait en sorte d’appâter le chaland avec une team artistique de 1er ordre, celle à l’origine du succès du crossover Blackest Night et de la série dont il est issu, Green Lantern : Geoff Johns au scénario et Ivan Reis aux dessins. Le scénariste, devenu entre-temps une sorte de chef d’orchestre du DC Universe comme Brian Michael Bendis peut l’être chez Marvel, est assez spécialiste du revamping de personnage avec un bon respect de la continuité (ça s’est remarqué sur Flash ou Green Lantern mais également sur JSA ou sur la mini Superman : Secret Origin) tout en y apposant sa patte et des idées parfois très simples (comme les Corps de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel dans Green Lantern) mais très bien gérées. Ivan Reis, lui, a été popularisé par son travail sur le super-héros d’émeraude mais a déjà travaillé sur Action Comics par exemple et a débuté chez Chaos sur Lady Death. Son style est désormais très abouti et ses planches sur Aquaman sont splendides, rythmées et parfois très “cinématographiques”.

Un poil décevant sur Justice League, Geoff Johns livre ici un premier numéro très motivant. On rentre dans l’action directement avec une intervention du héros auprès de petits gangsters, puis on enchaîne avec une séquence plus introspective pour le personnage pendant qu’une menace plus importante se profile. Le schéma est très classique pour un comic-book super-héroïque mais est très bien exécuté tant dans la partie graphique fournie par Ivan Reis, que dans le rythme et les dialogues amenés par Johns. L’humour et l’auto-dérision sont d’ailleurs de mise et met à l’aise un lecteur comme moi, réfractaire au côté un peu has-been du personnage. Pour donner une idée du genre d’humour employé, certaines répliques ressemblent à ce que le scénariste avait pu proposer lors d’un épisode du crossover Blackest Night où l’ensemble des chefs de Corps de toutes couleurs lançait un rayon énergétique et où Hal Jordan avait une réplique disant “Il me semble avoir déjà vu ça à la télé le dimanche matin…” en faisant référence aux Bisounours… Ici, c’est la réputation d’Aquaman qui est tournée en dérision avec habileté.

Certes l’humour et la mélancolie remplacent vite l’action et on referme le premier numéro sans avoir vu grand chose se passer. Mais la satisfaction globale est au rendez-vous car c’est du super-héros certes classique mais très bien réalisé, et car le personnage un peu démodé d’Aquaman retrouve une certaine prestance au fil des pages. On a envie de connaître la suite. D’ailleurs pour ceux qui sont tentés d’en savoir plus, le TPB des 6 premiers numéros est prévu aux USA à 22,99 $ en Hardcover pour septembre 2012.

Quand Geoff Johns et Jim Lee relancent la Justice League en 2011...

New 52 – Justice League #1-2

On rentre dans le vif du sujet du reboot de DC Comics en commençant par Justice League.

 

Ce premier titre est le porte-étendard de ce relaunch : il est le premier à sortir fin aout et ses couvertures ont été l’introduction médiatique de l’opération éditoriale auprès du public. Et comme dans quasiment toutes les moutures de ce comic-book, il regroupe les héros les plus emblématiques de DC Comics que peuvent être Superman, Batman, Flash, Green Lantern, etc… Il bénéficie ici d’un traitement de faveur avec une team artistique “bankable” avec le retour de Jim Lee aux dessins qui, à part 2 runs sur Batman puis Superman dans la première moitié des années 2000 et de sporadiques All-Star Batman & Robin (10 numéros sur 3-4 ans), n’a rien fait de notable et durable après ses fameux X-Men au début des années 90 trop accaparé par sa maison d’édition Wildstorm. On peut aimer ou ne pas aimer Jim Lee pour son style (avec des personnages parfois trop “poseurs”) mais on ne peut nier qu’il livre, quand il est en forme, des planches assez esthétiques et bien rythmées. Au scénario, c’est un autre poids lourd de DC que l’on retrouve en la personne de Geoff Johns : le scénariste est devenu au fil des années l’architecte du DC Universe passant du rang de simple scénariste (productif) de Flash, JSA ou encore Teen Titans au poste de Chief Creative Officer de l’éditeur, chargé de la cohérence des productions du DC Universe. On lui doit également la remise au goût du jour et le gros succès de la licence Green Lantern, moribonde avant lui, et l’écriture de 2 crossovers importants dans la timeline DC pré-relaunch : Infinite Crisis et Blackest Night.
Le parti-pris de ce premier run de la nouvelle mouture de la Justice League post-reboot est de conter (pour une énième fois il faut l’avouer) la rencontre des différents membres et la formation de la super-équipe 5 ans avant le début de cette nouvelle continuité de l’univers. On commence donc par une rencontre Batman-Green Lantern dans le premier numéro d’abord opposés puis se retrouvant face à une nouvelle menace qui va les pousser à rechercher d’autres compagnons. Comme ces quelques lignes l’expriment, les deux premiers numéros que j’ai pu lire ne présentent qu’un scénario extrêmement classique, vu et revu que ce soit en comic-book mais aussi dans n’importe quel roman d’aventure ou shônen manga avec la constitution d’un groupe “pour sauver le monde”. Toutefois, le rythme et les dialogues sont bien pensés : l’action est très présente et des dialogues finement choisis posent très bien les relations et les caractères des différents personnages. On retrouve autant en quelques cases le Batman cynique, le Green Lantern imbu de sa personne ou encore le Flash gentil et doté d’un certain sens de l’humour, etc… Bref, les caractéristiques principales des personnages pré-relaunch sont encore là, expliquées vite… et bien ! Le dessin de Jim Lee comme l’encrage de son compère Scott Williams sont à l’un des meilleurs niveaux que l’on peut espérer de ceux-ci sur une série régulière : moins statique que parfois, moins iconique/”poseur” qu’à l’accoutumée. En effet, la construction des cases n’est pas celle d’une couverture cette fois : le rythme de l’action ou la précision des dialogues sont mis en valeur avec un dessin au service de l’histoire, contrairement à ce que Jim Lee nous a parfois servi précédemment. Et, malgré tout, son talent s’exprime très bien au sein de ce titre.

 

Après deux numéros, si je ne peux pas encore dire si l’ensemble sera totalement cohérent ou si le scénario renfermera un twist surprenant, il est évident que l’on a ici un titre presque totalement dévoué aux nouveaux lecteurs : simple dans son approche et didactique mais également bourré d’action. Le rythme ne faiblit pas sur la quarantaine de planches qui composent ces deux premiers numéros. Le talent de Johns et de Lee fait qu’un ancien lecteur comme moi qui reconnaît les défauts de ce type d’aventure (ultra réchauffée) prendra quand même un certain plaisir à lire ce titre comme on a plaisir à parfois regarder un blockbuster pop-corn au cinéma avec une intrigue très simple et classique mais un traitement de l’action bien rythmé et quelques touches d’humour bien senties. Et voilà ce qu’est Justice League à priori : un blockbuster bien réalisé ; les moyens sont là (la team artistique de luxe), l’aventure et l’humour sont au rendez-vous (avec par exemple Batman qui subtilise la bague de Green Lantern devant lui pour voir comment elle fonctionne, froissant évidemment l’ego d’Hal Jordan) et les personnages en présence sont des “stars”. Reste un scénario un peu simpliste, notamment pour les vieux briscards, mais on a parfois envie de poser son cerveau à l’entrée d’une salle de ciné pour se détendre devant un film classique mais bien calibré. On peut en faire de même en lisant ce Justice League.A noter que si les 2 premiers numéros “single” (une vingtaine de pages) sont sans doute encore facilement trouvables en VO, la VF va très probablement être éditée courant 2012 par Urban Comics et un recueil des 6 premiers numéros (trade paperback) est prévu aux USA pour mai 2012 pour 24,99 $ en Hardcover (couverture cartonnée).